Egypte

On ne choisit pas ses voisins

Depuis plusieurs mois, voire plusieurs années ,nous sommes  médiatiquement submergés par des annonces relatives à la situation dans les pays voisins, surtout l'Egypte et la Syrie. Médiatiquement est le mot, car désormais  tout est filmé avec des téléphones portables, et il est possible de voir sur les réseaux sociaux, sur Youtube, voire à la télévision  des vidéos montrant l'anarchie qui s'installe en Egypte : foule faisant elle-même sa justice et tuant un voleur présumé hommes menaçants entourant deux jeunes filles terrorisées  danseur mangeant un poulet vivant dans un mariage. Quant à la Syrie, après avoir vu quotidiennement des vidéos montrant l’armée régulière massacrant et viomant des civils, maintenant c'est le tour des atrocités commises par des rebelles : la photo du rebelle mangeant le cœur ou le foie d'un soldat a fait le tour du monde.

On a l'impression d'un retour à la barbarie dans toute la région  et on se dit que si Israël perdait une seule guerre, on serait soumis nous aussi à ces barbares.Et pendant tout ce temps, les attentats continuent en Irak et ailleurs, la Jordanie est destabilisée, les Libanais attendent avec impatience que tous les soldats du Hezbollah aillent se battre en Syrie et laissent le terrain libre, Israël reçoit des tirs de provocation de la Syrie sur le Golan.

Mais les faits les plus marquants ces derniers temps, c'est l'extension du terrorisme islamique un peu partout dans le monde : le soldat anglais tué à Londres par de jeunes noirs musulmans exhibant leurs mains ensanglantées devant les caméras, rappelle le sort des deux soldats israéliens lynchés par la foule au début de la dernière Intifada et jetés par la fenêtre  les assassins montrant de même leurs mains ensanglantées. Ceux qui alors condamnaient sans cesse Israël et trouvaient toutes sortes d'excuses aux meurtriers, sont désormais victimes de la même sauvagerie, a laquelle ils ne trouvent plus tellement d'excuses....

Israel et l'Egypte : ou en est-on ?

Bilan de 35 ans de rapports avec l'Egypte

Les Égyptiens sont en train de voter pour élire leur président, après un premier tour, il leur reste a choisir au deuxième tour entre un ex-ministre de Moubarak Ahmed Shafik et un islamiste Mouhamad Moursi.

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Les preparatifs du second tour en Egypte

En novembre 1977, Anouar Sadate, a l'époque président de l'Égypte, effectuait le premier voyage en Israël d'un dirigeant arabe. Il était accueilli par un foule enthousiaste. A la suite de négociations a Camp David, la paix était enfin signée en 1979, mettant un point final a quatre guerres entre Israel et l'Egypte et 30 ans d'hostilité.

300px-begin-carter-and-sadat-at-camp-david-1978.jpgMenahem Begin, Jimmy Carter, Anouar Sadate

Si on avait a cette époque, -et peut-être l'a t-on fait effectivement- promené un micro sous le nez des spectateurs israéliens de l'arrivée de Sadate, et demande comment ils voyaient l'avenir des relations israelo-arabes, sans doute aurait-on eu ce genre de réponse : « Eh bien, nous sommes sur le bon chemin. Petit a petit tous les pays arabes voisins vont signer la paix, et d'ici – voyons ne soyons pas trop optimiste- pas tout de suite, mais dans 20-30 ans, certainement, toutes nos relations seront normalisées et la paix règnera. Avec nos voisins. On ira en train de Beyrouth au Caire, avec un arrêt a Tel-Aviv. »

Pres de trente-cinq ans plus tard, ou en est-on ?

Après les accords :

Israël evacua les implantations,sortit du Sinaï, et le rendit aux Égyptiens. Les accords de paix prévoyaient des rapports diplomatiques, économiques et culturels normaux. Il y eut échange d'ambassadeurs, les accords stipulaient qu'Israël continuerait a bénéficier du pétrole du Sinaï, des entreprises israéliennes s'installèrent en Egypte et employèrent de la main-d'œuvre égyptienne. L'Egypte, devenue alliée des États-Unis, reçut une aide financière de cette puissance.

Les Israéliens, eu de temps après la signature de paix, allèrent en Egypte visiter le pays – et parmi eux, les originaires d'Egypte, venus voir le pays de leur enfance.

L'évolution :

Sadate fut tue dans un attentat du Jihad islamique a la fin de 1981.

Un attentat commis par un soldat égyptien a Ras Boukra visa des touristes israéliens au passage de la frontière. L'envie des Israéliens de faire du tourisme en Egypte décrut...

Mais il restait le Sinaï, lieu favori de nombreux Israéliens, qui adoraient ses plages sur la Mer Rouge et ses hôtels. La-aussi, des attentats d'El-Quaida touchèrent Charm el Cheikh (2005), Dahab puis Tabah en 2004. Malgré les conseils de prudence des autorités, les Israéliens continuaient a fréquenter les plages du Sinaï, surtout pendant les vacances de Souccot.

Les accords culturels ne donnèrent pas les effets espérés. En effet, les intellectuels égyptiens, les journalistes, s'opposèrent a toute normalisation avec Israël. Avec le temps, on constata une dégradation de l'image d'Israël dans la population, alors qu'au départ, celle ci avait avait acclame la paix. Des observateurs notèrent que les média institutionnels en Egypte étaient anti-israeliens et parfois antisémites. Les touristes égyptiens désireux de visiter Israël étaient découragés en raison des difficultés d'obtention du visa.

La fin


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L'ancien president Hosni Moubarak est destitue

Petit a petit, la paix avec l'Egypte se transformait en une paix froide, selon les termes des commentateurs politiques. Néanmoins, les accords pétroliers étaient respectes, et la coopération militaire et sécuritaire fonctionnait.

Avec la Révolution égyptienne, la dégradation des rapports s'accéléra : attaque de l'ambassade d'Israël au Caire menant au rappel de l'ambassadeur. Attaques répétées contre le pipe-line amenant du gaz du Sinaï en Israël, jusqu'à ce que les Egyptiens décident unilatéralement de casser le contrat en avril 2012. Fin des entreprises israéliennes en Egypte. Dans le Sinaï, la faiblesse de l'autorité centrale égyptienne se fait sentir, et des bandes de Bédouins sévissent impunément, kidnappant les touristes.

Un attentat en Israël a eu lieu depuis la frontière égyptienne. C'était la fin... Désormais, la création d'une barrière le long de cette frontière très longue et traversant des kilomètres de désert, est prévue, et cette frontière est en train de redevenir une frontière avec un pays ennemi.

Cependant, les jeux ne sont pas encore faits. Malgré les déclarations enflammées des islamistes,contre leur voisin Israël, ceux-ci se rendent compte qu'un conflit ouvert leur retirerait l'aide des États-Unis, aide financière et économique vitale dans un pays en plein bouleversement depuis un an.

Aussi la « paix »- il s'agit plutôt maintenant d'une décision égyptienne de non-agression dans un climat d'hostilité ouverte continuera-t-elle encore – temporairement.